
C’est par une belle matinée ensoleillée que l’AOC met le cap sur une des appellations voisines de la région lyonnaise les plus confidentielles : le Bugey. L’appellation, en AOC depuis 2009, étant particulièrement étendue malgré une surface cultivée de seulement 500 hectares, l’objectif est pour cette première, de découvrir les vins de la zone centrale, autour de Belley.
Rendez-vous est donc pris dès le début de matinée chez Sylvain Bois à Béon, au pied du Grand Colombier. Bien qu’il travaille seul ses 5 ha, la gamme de Sylvain est plutôt fournie, mais compte tenu de l’heure matinale et de nos autres rendez-vous de la journée, nous choisissons de nous concentrer sur les blancs et les rouges sec, délaissant rosé et effervescents pour cette fois. Les 2023 étant épuisés, nous dégustons des 2024 embouteillés depuis quelques semaines voire quelques jours. Encore un peu perturbés par l’épreuve, ils se révèlent pourtant déjà faciles à boire, croquants et très fruités. Le gamay peut surprendre les palais peu habitués aux productions non beaujolaises, tout comme la mondeuse, cépage typique de la région connu pour ses tanins et sa densité. La roussette est particulièrement expressive et d’un bel équilibre, tandis que le pinot et le chardonnay ne déméritent pas. Au final c’est une production maitrisée et homogène que nous délivre Sylvain, à des prix particulièrement doux, et qui ne demande qu’à s’assagir quelques mois en cave pour livrer tout son potentiel.

C’est après une bonne heure et demie de dégustation dans une ambiance de franche rigolade, à suivre le rythme endiablé de ses innombrables anecdotes, que nous prenons congé de ce vigneron particulièrement affable et accueillant qu’est Sylvain Bois pour nous diriger vers Cheignieu la Balme ou nous attend Clément Bärtschi.



Et c’est au beau milieu de ses vignes de Manicle qu’il nous a donné rendez-vous, sur ce superbe balcon de 12 ha orienté plein sud, au pied des falaises de Cheignieu et dominant toute la vallée alentour. La vue magnifique, la nature inondée de soleil et la grande quiétude des lieux incitent à la contemplation. C’est ainsi presque religieusement que nous écoutons Clément nous parler de son parcours, de l’appellation Bugey, du lieu, de ses parcelles de Manicle et de ses pratiques biodynamiques. Tout cela nous met l’eau à la bouche et nous le suivons non sans impatience jusqu’à sa cave de Cheignieu. Là nous avons le plaisir de déguster presque toute la gamme, essentiellement en 2023. Un effervescent ultra brut particulièrement élégant, un assemblage altesse/jacquère aussi original que fruité, une altesse et un pinot droit raffinés, et surtout de somptueux Manicle, d’une très grande élégance, vinifiés avec beaucoup de délicatesse et qui ne sont pas sans rappeler quelques grands terroirs vignerons. Assurément ce jeune domaine produit déjà certains des plus grands vins de l’appellation et est promis à un brillant avenir. Une fois encore nous remplissons notre coffre, avant de laisser ce vigneron aussi accueillant et intéressant que talentueux retourner à ses vignes.
Nous nous dirigeons pour notre part vers Belley, assez affamés il faut le reconnaitre, pour nous attabler au centre-ville où nous dégustons en terrasse une appétissante joue de porc et une polenta bien crémeuse, sans oublier quelques desserts forts généreux.

Un bon café n’est pas de trop pour nous remettre en selle en vue de notre dernière épreuve du jour : le Caveau bugiste à Vongnes. Cette originale association de 4 vignerons est la locomotive historique de l’appellation et une pionnière de l’œnotourisme. Hors de question ici de déguster l’intégralité d’une gamme pléthorique, plus de 30 cuvées, il s’agit plutôt de découvrir quelques bouteilles originales et de faire le tour de tous les crus tranquilles de l’AOC. Au menu donc, un viognier rafraichissant, une mondeuse concentrée, des chardonnays à l’excellent rapport qualité/prix et bien sûr les grandes cuvées emblématiques de la maison : Roussette de Virieu, Machuraz et Manicle. Autant de vins très réussis dégustés dans un cadre très sympathique.
C’est ainsi que nous terminons notre excursion dans ces très jolis paysages du Bugey, ravis d’avoir rencontré des vignerons très accessibles et sympathiques, et dont les bouteilles méritent largement leur place dans toute bonne cave. Une expérience à renouveler régulièrement !
